"Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
Nous sommes réunis aujourd’hui pour célébrer les festivités du 14 juillet.
Rendez-vous de la Liberté, nous y sommes présents chaque année, que ce soit dans nos villes ou nos villages ou sur les
lieux de nos vacances, le 14 Juillet reste pour tous les Français le symbole de la fête, la grande fête de la Liberté. C’était il y a déjà 219 ans, le 14 juillet 1789, jour de la prise de la
Bastille, symbole fort de la suppression des prisons féodales, de la fin de l’absolutisme royal.
En effet, il y a plus de deux siècles, la France vit sous le régime de la monarchie. Elle est gouvernée par un monarque
absolu de droit divin. L’autorité du roi n’a ni limite ni contrôle. Une société aristocratique gravite autour du roi, vivant à la cour ou dans les
hôtels de luxe et dispose de privilèges exorbitants.
Mais derrière la façade de Versailles se cache une crise financière, économique et sociale. Ce qui fait l’unanimité, ce
sont les récriminations contre les impôts que tout le monde trouve trop nombreux et trop injustes ; impôts indirects : la gabelle, impôts sur le sel, les aides, impôt sur le vin, qui
élèvent considérablement le prix de ces denrées de consommation courante. La baisse des salaires est rude, la misère envahit le pays. La crise industrielle s’accompagne d’une crise agricole dans
les campagnes où domine un prolétariat de valets, de journaliers, de vignerons. Toute contestation passe devant les parlements dont la jurisprudence est favorable aux
seigneurs.
Face aux privilèges, se crée un front commun ville campagne. Le 12 Juillet 1789, l’insurrection éclate. Le 14 Juillet au
matin, les Parisiens, avec le concours de certains régiments, se dirigent vers la Bastille, cette formidable forteresse où on emprisonne, sur simple décision du roi et sans jugement, les gens
dont on veut se débarrasser, les Français qui s’opposent au régime. La Bastille ; le symbole du pouvoir absolu des rois de France, le symbole de l’Ancien régime, tout ce que le mouvement
populaire veut abattre.
Bientôt, la province imite Paris. Les paysans se soulèvent et attaquent les châteaux et détruisent les registres
seigneuriaux . Une véritable révolution sociale voit le jour et aboutit à la constitution de la Déclaration des Droits de l’homme qui proclame que les Français sont égaux devant la loi. Plus
question des privilèges de la noblesse et du clergé.
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », les distinctions sociales ne peuvent être
fondées que sur l’utilité commune. La déclaration énumère les droits naturels et imprescriptibles de l’homme. La liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. Elle
dégage un certain nombre de principes : « Tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable » ou encore « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions
même religieuses pourvu que leur manifestation ne trouble l’ordre public ».
La Déclaration des droits de l’homme, même si elle ne fait pas mention de l’esclavage, du suffrage universel, du droit
au travail, de la liberté de commercer, de l’égalité des sexes, marque surtout les conquêtes obtenues contre le roi et les ordres privilégiés et connaît un très grand
retentissement.
La Révolution fait de la France la terre des droits de l’homme. Le 14 juillet
1789, le peuple de France s’est donc révolté contre les privilèges et l’injustice.
De nos jours, le combat continue. Le peuple doit de nouveau se rebeller contre les lois injustes qui remettent en cause
les acquis sociaux ; attaques contre le code du travail, contre la sécurité sociale, contre les retraites. Le peuple doit de nouveau se mobiliser contre ce gouvernement de classe qui mène
une politique ultra-libérale, une politique économique et fiscale au profit des plus fortunés, en faisant tout pour diviser les autres et pouvoir ainsi régner sans partage.
Même si la démocratie impose de respecter les résultats du suffrage universel, nous devons œuvrer pour empêcher que
l’injustice se développe en France et rappeler sans cesse les fondements de la République issus de la Révolution : liberté, égalité, fraternité. Ces trois vertus républicaines, adoptées
comme l’un des principes de la République dans la Constitution de 1848, puis réaffirmées sous la IIIème République et intégrées dans les constitutions de 1946 et 1958, ces trois vertus
républicaines ont aidé les Français, aux heures les plus noires de leur histoire, à se battre pour leur liberté, mais aussi pour leurs avancées démocratiques comme pour leurs avancées
sociales : l’abolition de l’esclavage, le droit de vote des femmes, les congés payés, sont autant de Bastilles que les Français ont conquises.
Tous ces symboles ont eu besoin de près de deux siècles pour mûrir et consolider notre République. Que nos consciences
de citoyens n’en oublient pas le sens et que les trois mots magiques de « Liberté, Egalité, Fraternité », qui s’inscrivent au fronton de nos édifices publics, conduisent toujours notre
République.
C’est tout le message que doit porter le jour du 14 juillet. La fête, certes aujourd’hui, mais le rappel à tous de
l’attachement du peuple français aux valeurs de la République.
Bonne fête du 14 juillet à tous.
Merci de votre attention."
(Discours prononcé par Jean Michel SZATNY à l'occasion de la fête du 14 juillet à Dechy)
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